Histoire et art de l’Arménie

A l'Est de l'Asie Mineure, entre la dépression de Transcaucasie, au Nord, et la plaine de Haute-Mésopotamie, au Sud, sur une superficie de 380.000 km2 environ, s'étend le plateau arménien, où un Etat centralisé fut créé dès le début du Ier millénaire avant notre ère. Vers 860-840 avant J.-C. en effet, un certain Aramé roi de Biaïna, la région de l'actuel Lac de Van, contemporain de la reine assyrienne Samur-Ammat -la Sémiramis des légendes- conquiert l'indépendance de son royaume jusqu'alors tributaire des Assyriens. Ses descendants parviennent à unifier l'ensemble du plateau arménien, qui forme alors l'Etat connu sous le nom d'Ourartu, l'une des vocalisations possibles du nom de la célèbre montagne, l'Ararat.

Du IXe au VIIe siècle avant notre ère, les Ourartiens développent une civilisation brillante, fondée sur l'irrigation des terres, l'arboriculture, les céréales et la vigne.

Au Nord-Est du royaume d'Ourartou, près de l'actuel Erevan, on a retrouvé les vestiges de la forteresse d'Erebuni, fondée en 782 avant J.-C. par le roi Argichti, fils de Menua, ainsi que les citadelles royales d'Argichtihinili et de Teichebaïna.

Ce puissant système de défense s'effondra brusquement à la fin du VIIe siècle avant notre ère, sous les coups des Scythes, populations indo-européennes venues du Nord, qui finirent par s'éloigner, après avoir pillé le pays et provoqué la chute du royaume d'Ourartu.

Approximativement entre le VIIe et le IIe siècle avant notre ère, d'autres populations indo-européennes, s'installent peu à peu sur le plateau arménien et prennent le contrôle de toute la région, assimilant les anciens Ourartiens.

Le nom d'Armnina ou Arminiya apparait pour la première fois vers 520 avant J.-C. dans l'inscription de Behistun où le Grand Roi de Perse, Darius, énumère les peuples tributaires de son empire.

Au début du IIIe siècle avant notre ère, à la suite des conquêtes d'Alexandre qui ont ruiné l'empire perse achéménide, le satrape Oronte (Eruand) s'érige en souverain indépendant. Au siècle suivant, le royaume d'Arménie atteint son apogée grâce aux monarques Artaxiades, qui achèvent l'unité linguistique du royaume, construisent la capitale d'Artachat, inventent le calendrier et fixent les limites des champs.

Au Ier siècle avant notre ère l'Artaxiade Tigrane II conquiert un immense empire, mais il est finalement vaincu par Pompée en 66 avant J.-C. L'Arménie reste un Etat autonome, entièrement libre de sa politique intérieure, mais soumis à l'alliance de Rome et, par la suite, de l'empire byzantin. Cette situation se prolonge jusqu'à la fin du IV siècle après J.-C.

Au Ier siècle de notre ère, sous le règne de Néron, les parthes imposent aux Romains le nomination d'un roi d'Arménie, appelé Tiridate.

C'était un compromis qui devait assurer au pays la bienveillance de ses deux puissants voisins, Rome et la Perse. Malheureusement cet équilibre fut remis en question en 224 par l'avènement, en Iran, de la dynastie des Sassanides. Ceux-ci prétendaient imposer la véritable religion de Zoroastre, avec les mariages consanguins, le culte du feu, la chasse systématique aux animaux des ténèbres, serpents, fourmis et grenouilles, et d'innombrables prescriptions rituelles obscures.

C'est dans ces conditions, vers le début du IVe siècle, que le roi Tiridate IV d'Arménie se convertit au christianisme, faisant de l'Arménie le premier Etat chrétien du monde.

Cependant, depuis 390, les Romains incapables de tenir tête aux Sassanides, avaient accepté un partage de l'Arménie qui plaçait la majeure partie du pays sous le contrôle des Perses. En 450, le Grand Roi Yazdgard prétendit obliger tous ses sujets à adopter la religion de Zoroastre. Les Arméniens, chrétiens depuis plus de cent cinquante ans, se révoltèrent contre son édit. Conduits par Vardan Mamikonean, ils subirent devant les Perses, beaucoup plus nombreux et puissamment armés, la sanglante défaite d'Avarayr, en 451. Tous les compagnons de Vardan, qui périrent dans le combat, furent canonisés et sont encore fêtés dans l'Eglise arménienne sous le nom de "Saints Vardanank". Toutefois, comme l'Arménie était loin d'être pacifiée après la bataille, les Perses durent renoncer à leur projet et l'Eglise arménienne devint le garant de l'indépendance nationale.

Quand la conquête arabe survint au début du VIIe siècle, les Arméniens se trouvèrent d'un coup débarrassés de leurs deux ennemis : l'empire sassanide s'effondra et Byzance perdit le contrôle de toutes les provinces orientales. En 661, le chef de la noblesse arménienne, Théodore Rstuni, signa avec les Arabes une convention qui lui assurait, contre un tribut assez modique, une indépendance presque totale.

Le VIIe siècle est ainsi l'âge d'or de l'architecture arménienne. C'est dans ce temps où sont construits les sanctuaires les plus prestigieux, par exemple, près de la métropole d'Etchmiadzine, les églises de Gayané et de Hripsimé, ainsi que l'extraordinaire église circulaire de Zvartnots, dédiée aux anges du ciel apparus à Saint Grégoire.

Cependant, au VIIIe siècle, la domination arabe changea de caractère. Le Califat exigea des impôts en argent de plus en plus lourds, substitua l'administration directe à l'autonomie et entreprit même une politique de colonisation. Après de nombreuses révoltes sanglantes de la noblesse, les Bagratides parvinrent, à la fin du IXe siècle, à rétablir à leur profit le Royaume d'Arménie.ils construisirent leur capitale Ani qui fut prise par les Turcs seldjoukides en 1064.

Dans la seconde moitié du XIIe siècle et au XIIIe siècle, tandis que le Nord de l'Arménie était peu à peu reconquis sur les Seldjoukides, les princes Zakarides, vassaux de la couronne de Géorgie, Zakaré et Ivané, retrouvent leurs domaines et acquièrent, sous suzeraineté géorgienne, un pouvoir quasi monarchique. Plus au Sud, en Cilicie, où des princes arméniens étaient établis dès le XIe siècle, le prince Levon, profitant de la venue des Croisés en Orient, parvint à se faire reconnaitre, aussi bien par le Pape que par l'empereur d'Allemagne, comme roi de Cilicie.

C'est dans l'Arménie cilicienne que l'art de la miniature, stimulé par les influences de Byzance et de l'Occident, mais conservant l'originalité de la tradition nationale, produisit ses plus grands chefs-d'œuvre, notamment grâce au peintre T'oros Roslin. Cependant la prospérité du royaume était liée à la réussite, bientôt compromise, des Croisades et aux alliances militaires et matrimoniales avec les Francs. En 1375, le dernier roi d'Arménie cilicienne, Léon V de Lusignan, apparenté aux Lusignan d'Anjou et de Chypre, fut renversé de son trône et emmené au Caire en captivité. Délivré grâce à la générosité de Saint Louis, il mourut en France en 1393 et fut enterré dans la basilique royale de Saint Denis.

Le XVe et le XVIe siècle comptent parmi les périodes les plus sombres de l'histoire arménienne, principalement après la chute de Constantinople, en 1453, quand les Turcs ottomans s'emparèrent de l'Anatolie. En 1639, la paix conclue entre l'empire ottoman et les Iraniens séfévides mit un terme à la suite ininterrompue de guerres et de pillages qui s'étaient déroulés depuis deux siècles sur le territoire arménien.

Bientôt la réussite financière des marchands arméniens qui, depuis le début du XVIe siècle, du Tibet à l'Europe du Nord, à travers la Russie, l'Iran, l'empire ottoman, l'Océan Indien ou la Méditerranée, importaient en Europe la soie, les épices et les autres produits d'Orient prenant soin d'imprimer à Venise, dès 1511, des livres dans leur langue nationale, créa la possibilité d'un réveil culturel et d'une reconstruction des églises et des principaux monastères.

L'influence du clergé fut également décisive. C'est ainsi que l'abbé Mxit'ar de Sébaste, établi d'abord à Constantinople, puis sur l'île de Morée et enfin à Venise, sur l'île San Lazzaro, en 1717, fonda une congrégation bénédictine qui se donna pour tâche de rassembler et d'étudier les anciens manuscrits, d'éditer les œuvres les plus célèbres de la littérature classique arménienne, de composer les grammaires, les dictionnaires et les livres d'histoire nécessaires à l'étude de cette littérature, de traduire en arménien tous les livres modernes et d'éduquer dans les collèges l'élite de la jeunesse. L'illustre poète anglais, Lord Byron, vint même étudier l'arménien à San Lazzaro.

L'art arménien traditionnel est dominé par l'architecture et la peinture. Bâties dans la pierre volcanique de l'Arménie, le tuf, à la fois léger et propre à la taille, les églises d'Arménie s'intègrent harmonieusement aux paysages. Elles se distinguent par leurs proportions mesurées, les teintes agréables de leurs façades, la sobriété de leur décor sculpté. Elles sont très souvent surmontées d'une coupole conforme à la vision de Saint Grégoire l'Illuminateur, lorsqu'il fit construire, près de la ville royale de Vagharsapat, l'église mère d'Etchmiadzine, c'est-à-dire « Descente du Fils Unique », à l'endroit que le Christ lui avait désigné. A l'intérieur, les murs sont ordinairement nus. Malgré de brillantes exceptions à toutes les époques, on n'y trouve pas les fresques des églises grecques et géorgiennes, mais simplement des croix sculptées (khatchkar), des inscriptions et des ex-voto des fidèles. On est généralement surpris du contraste que l'architecte a su ménager entre l'aspect extérieur et le plan intérieur de l'édifice.