Historique

C'est vers le milieu de l'année 1949, parmi quelques collectionneurs et érudits arméniens réunis à l'instigation de Nourhan Fringhian, que fut lancée l'idée d'un musée consacré à la culture arménienne. Était-ce un devoir de mémoire ? La préservation de leur passé ? Un legs pour l'avenir ?
Les trois à la fois.

Tous étaient rescapés du massacre, plus tard qualifié de génocide, perpétré par le gouvernement « Jeunes Turcs » envers le peuple arménien au début du XXe siècle. Comme Nourhan Fringhian arrivé à l'âge de 12 ans en 1917 avec ses parents et ses deux frères, ils avaient tous laissé derrière eux leur jeunesse et leur insouciance, quittant définitivement leur patrie pour une terre inconnue. Celle qui les accueillit alors était le symbole de la Liberté, des Droits de l'Homme tant de fois bafoués sur leur terre natale. Celle-là même avec laquelle leurs ancêtres entretenaient déjà des relations depuis des siècles.

Bien sûr ils garderont à jamais au fond d'eux mêmes leur patrie de coeur, mais désormais celle-ci cohabitera avec leur parie de corps.
Ce musée ne ressemble à aucun autre. C'est un testament culturel.

Il est le musée d'une vie, de mille vies d'êtres qui, soumis à des migrations constantes, ont fini par intégrer le nomadisme dans leurs gènes. Par la force des évènements ils apprirent comme une seconde nature, à se métisser sans s'oublier, aidés en cela par cette résistance que constitue la Foi. Cette Foi qui naquit au coeur de leurs ancêtres il y a 1700 ans et qui, au-delà du sentiment religieux, crée cette nation impalpable et indestructible. Cette Foi qui donne à la Diaspora une valeur de nation à coté de la République d'Arménie actuelle.

C'est cet esprit qui se dégage de ce musée dont le projet en 1949 était aussi la reconnaissance de l'Arménie en Diaspora à coté de la République Socialiste Soviétique d'Arménie profondément isolée derrière le "Rideau de Fer".
Les relations d'alors permirent l'installation des collections au 59 avenue Foch à Paris dans un bâtiment appartenant à l'État.
L'inauguration eut lieu le 9 octobre 1953 en présence du Président de la République Française Vincent Auriol, concrétisant la reconnaissance, par la France, de la Diaspora arménienne accueillie sur son sol.

Ce musée assura sa mission depuis lors. Récoltant à la suite des fondateurs, dons d'objets ou dons en nature qui permirent d'enrichir sa collection. Pas seulement des richesses, car l'image d'un peuple est une succession des moments de sa vie: le quotidien transparait dans les objets populaires, les moments solennels dans la munificence des objets religieux, la créativité dans les beaux arts. Chacun y a apporté l'objet qu'il désirait laisser à la postérité. L'image de sa survivance, de son existence tout simplement.
Pendant quarante années ce musée reçut un public venu comprendre ce qu'étaient la vie et la culture des Arméniens. Pour certains c'était celle de leurs ancêtres, pour d'autres, la découverte d'une civilisation vieille de 3000 ans.
Transformé en 1978 en Fondation reconnue d'utilité publique, le musée prit la dénomination officielle " Musée Arménien de France Fondation Nourhan Fringhian ". Il put dès lors recevoir des dons, des legs et des donations bénéficiant de la loi de défiscalisation. Depuis, la dernière loi sur le mécénat favorise encore l'attribution d'aides tels que l'impôt sur la fortune et les dations.
Au décès de Nourhan Fringhian en 1994, le musée retomba dans l'oubli. Les lois concernant la réception du public évoluèrent, les fonds disponibles ne suffisaient pas à faire les travaux de mise en conformité et l'Etat mit le musée en sommeil.

Le présent

La direction fut reprise à la mort de Nourhan Fringhian par son fils Fréderic Fringhian, qui petit à petit redonne vie à cette collection. L'État, en 2007, à l'occasion de l'Année de l'Arménie en France participa à sa redécouverte avec les prêts au musée du Louvre et au Musée de la Marine entre autres. Parallèlement, le musée eut l'autorisation exceptionnelle de recevoir le public qui vint redécouvrir ce patrimoine à travers l'exposition «Les Chemins de l'Arménie».
Depuis, cette renaissance se poursuit. Le public ne pouvant venir à la collection, celle-ci va au devant du public tout d'abord à travers ce site, et progressivement en participant à des expositions collectives à l'extérieur.
Mais par une étrange coïncidence, le musée, fermé, revit presque cent ans plus tard, la même histoire qu'un réfugié arménien qui, au début du XXe siècle arrivait en France, errant à la recherche d'un refuge, pour travailler, exister et vivre.
Situation paradoxale mais qui a le mérite de placer le musée au coeur de son sujet.

 

L'avenir

En quoi consiste l'avenir du musée ?
Son avenir immédiat est de préserver ce patrimoine unique, de le restaurer, de continuer à l'enrichir par l'acquisition d'objets par dons, défiscalisés également, ou achats selon les disponibilités apportées à la fondation.
Le projet futur est la création d'une entité autonome entièrement consacrée à la culture arménienne.
Il faut tout d'abord que le projet vise une indépendance financière par la création de revenus réguliers hormis la billetterie classique. Produits dérivés, cafétéria orientale, expositions temporaires, peuvent contribuer à la viabilité de l'ensemble.
Mais ceci, vu l'investissement, ne peut se concevoir sans un partenariat public ou privé, au besoin étranger. Ce musée est consacré à un peuple en Diaspora et en République, le projet doit pouvoir participer à l'expression culturelle de ces deux entités.
Étant Fondation reconnue d'utilité publique, et à ce titre bénéficiant pleinement de la loi française sur le mécénat culturel, il pourrait être en mesure de réunir les fonds nécessaires à son établissement, assurant lui-même son fonctionnement.
Un lieu parisien d'environ 1000m2 permettrait d'intégrer tous les éléments concourant à l'autonomie financière.
Reste à savoir si la volonté de faire aboutir le projet est présente au fond de chacun de nous.

Frédéric Fringhian